La place du syndicalisme dans notre pays

Une France qui débloque

Riss · Mis en ligne le 8 mars 2023 · Paru dans l'édition 1598 du 8 mars

La France se remettra-t-elle du blocage de l’économie que les syndicats ont lancé mardi pour protester contre la réforme des retraites ? À entendre le gouvernement, cette grève va plonger le pays dans le chaos. C’est tout juste si les grévistes ne méritent pas d’être qualifiés de traîtres à la ­patrie, coupables de planter un poignard dans le dos de notre belle nation. Un climat social de plus en plus tendu.

Traditionnellement, les syndicats défendent leur point de vue autour de la table des négociations. Et la très grande majorité des conflits se règle ainsi, contrairement à ce qu’un discours antisyndicaliste voudrait nous faire croire. On parle toujours des trains qui arrivent en retard, mais jamais de ceux qui arrivent à l’heure. Il en est de même pour le dialogue social : on parle des négociations qui échouent et qui font descendre les gens dans la rue, mais jamais de celles qui réussissent.

Le syndicalisme est une activité propre à la démocratie. Les ­régimes politiques sans syndicats sont toujours des dictatures. Remettre en cause leur rôle reviendrait à défendre une vision des rapports sociaux typique des régimes totalitaires, à l’image de Vichy ou d’une dictature à la Pinochet : on liquide les syndicats pour les remplacer par des corporations, et on enferme les syndicalistes dans des stades. On a parfois l’impression qu’en France certains en rêvent. L’extrême droite avance aussi sur ce terrain-là.

On baigne alors dans une sorte d’hypo­crisie. Tout le monde défend le droit de manifester, mais à condition que cela n’entrave pas la politique du gouvernement. Tout le monde défend le droit de faire grève, mais à condition que cela n’empêche pas les usines de tourner. Une sorte de wokisme social : il ne faut pas choquer, il ne faut pas heurter, il ne faut pas gêner la sensibilité des acteurs économiques. À en écouter certains, le syndicalisme devrait ressembler à une médecine douce, qui consisterait à poser des cailloux sur le ventre de salariés pour les calmer et à faire boire des tisanes de pissenlit aux patrons pour les relaxer.

Grève générale vs casse générale

Qui casse l’économie française ? Les syndicats sont-ils puissants à ce point ? Il existe d’autres procédés bien plus efficaces pour mettre à genoux une société. Au Mans, 53 chirurgiens viennent de présenter leur démission administrative pour dénoncer la fermeture de lits et la pénurie de médecins. Qui aura l’audace de les accuser de mettre l’hôpital public à genoux ? Sont-ils membre de la CGT, de la CFDT ou de FO ? Probablement pas. Eux non plus ne sont pas responsables de cette situation.

Les services publics comme l’éducation nationale, l’hôpital ou la justice, pour ne citer qu’eux, sont méthodiquement « réformés » depuis une trentaine d’années, et le résultat est souvent catastrophique. Pas besoin d’une grève générale pour que la société française se délite. Les prétendues « réformes » qu’on nous inflige depuis trente ans, et auxquelles vient s’ajouter celle des retraites, n’ont fait que déstructurer un peu plus ce qui tenait encore debout dans ce paysage économique instable.

Les « syndicalistes » défenseurs du libre marché imposent leur idéologie sans avoir besoin d’installer des piquets de grève. Leur propagande et leur lobbying incessants dans le monde politique et médiatique ont bien plus d’impact sur l’économie qu’une grève générale qui survient une fois tous les dix ans. Mais cela ne choque personne. Au contraire, depuis une semaine, on nous matraque que les syndicats sont les seuls responsables. De quoi ? De jouer leur rôle dans cette réforme des retraites qui est un vrai enjeu de société. Reprocher aux syndicats de s’opposer à cette réforme revient à contester leur existence même. Cette grève générale n’a pas été lancée pour « faire chier » ou « emmerder » les Français, mais parce que le gouvernement n’a pas l’air de bien comprendre qu’il est en train non pas de « réformer », mais de désosser. Une fois de plus.

 

* source :     

Source :

https://charliehebdo.fr/2023/03/politique/france-qui-debloque/?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NEWSLETTER%20QUOTIDIENNE%20-%20LA%20UNE%20-%20080323%20-%20ABONNES&utm_medium=email

 

 



17/03/2023
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